« Pour redresser les exportations françaises, les PME doivent s’appuyer sur des entrepreneurs qui savent déjà vendre dans le pays visé »

export3Dans une tribune au « Monde », Etienne Vauchez, président de l’OSCI, estime que les mauvais chiffres du commerce extérieur français ne seront corrigés que si les PME françaises montent en compétences en utilisant les réseaux professionnels.

Ce que sait toute personne qui a déjà travaillé dans une ­entreprise exportatrice – et que corroborent les études académiques menées à ce sujet –, c’est que le premier facteur de succès ou d’échec d’une entreprise à l’export est la plus ou moins grande compétence qu’elle déploie dans son développement international : la qualité des équipes qu’elle y affecte, de sa stratégie internationale, de son marketing, de son service après-vente, etc. ; et ce, avant même la qualité ou le prix de son produit.

LES PME DOIVENT S’APPUYER SUR LES COMPÉTENCES D’AUTRES ENTREPRISES QUI SAVENT DÉJÀ VENDRE DANS LE PAYS VISÉ

Or, en France, on pense souvent que pour exporter davantage il suffit de projeter massivement les PME sur des salons internationaux ou dans des missions de prospection pour qu’elles réussissent à vendre toutes seules. Mais combien de PME françaises ont réellement en leur sein les compétences capables de créer la ­confiance requise pour vendre à des acheteurs coréens, indonésiens ou brésiliens ?

Comment les PME peuvent-elles ­déployer davantage de compétences dans leur prospection export alors qu’elles n’ont souvent pas les moyens d’investir dans une véritable équipe export ? Tout simplement en s’appuyant sur les compétences d’autres entreprises qui savent déjà vendre dans le pays visé : une PME allemande qui veut se développer dans un pays utilisera en priorité les services d’agents export allemands ou de ­sociétés de commerce allemandes qui y vendent déjà ; les Italiens collaborent entre exportateurs, c’est-à-dire qu’ils chercheront à trouver une autre entreprise italienne qui vend déjà sur le marché visé et pourrait les aider à y placer leurs produits. Les PME de ces pays réduisent ainsi leur temps d’apprentissage des nouveaux marchés et ont un taux de réussite plus élevé.

 Etablir des règles

Jusqu’à présent, l’Etat français a misé sur des actions de projection des PME sur les marchés export ; pour cela, il a fait confiance aux services économiques des ambassades, puis à Business France, aux régions, aux chambres de commerce. Les objectifs (nombre d’entreprises projetées, nombre de « volontaires internationaux en entreprise » placés, etc.) ont en général été atteints, mais sans véritable impact sur les exportations des PME françaises. Pire, ces différents acteurs publics sont devenus concurrents entre eux, de sorte qu’aujourd’hui le gouvernement est obligé de réorganiser le millefeuille du dispositif public.

Mais une simple réorganisation n’aura pas d’impact significatif sur les exportations françaises, car elle ­concerne des opérateurs publics qui, par nature, ne peuvent ni renforcer les compétences export au sein des ­entreprises ni accompagner ces dernières jusqu’à vendre durablement dans les pays ciblés.

 

Pour redresser les exportations françaises, il faut articuler ressources ­publiques et solutions privées, qui permettront la transformation internationale des PME françaises ; inciter ces dernières à se rapprocher d’entrepreneurs français qui savent déjà vendre dans le pays visé – agents export, responsables export à temps partagé, sociétés de commerce international, consultants animant des groupements d’exportateurs ; mieux définir ce que doit faire le dispositif public, et, en application du principe de subsidiaritéce qu’il ne doit pas faire quand l’offre privée est plus efficace (et dans ce cas, flécher les exportateurs vers cette offre) ; piloter le dispositif public selon un principe de stricte spécialisation des acteurs publics ; laisser la concurrence régir l’évolution du secteur privé, sans chercher à y créer de biais.

Une fois ces règles bien établies émergera un écosystème vraiment favorable à l’internationalisation des PME qui, alliant compétences et financements, nous permettra de réussir sur le terrain de l’exportation, à l’instar de ce qui a été fait pour l’innovation.

Etienne Vauchez est président du think tank La Fabrique de l’Exportation, président des Opérateurs spécialisés du commerce international (OSCI), fédération professionnelle des sociétés d’accompagnement de gestion export et de commerce international.

LE MONDE | 09.02.2018 à 14h00

A la Réunion, nous pourrions nous appuyer sur le réseau des Conseillers du Commerce Extérieur de la France qui font partie d’un réseau de 4500 conseillers présents dans 150 pays.

 

Claude Bessac pousse les entreprises réunionnaises à définir elles-mêmes leur stratégie à l’International

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Le Club Export Réunion, en partenariat avec la Région Réunion et la Maison de l’Export, a organisé une table ronde placée sous le thème :

« L’internationalisation – une approche stratégique logique ».

Les échanges au sein des chaînes de valeur différent des échanges traditionnels et appellent de nouveaux indicateurs, 1/3 des échanges relèvent d’une dynamique non marchande incluant la part des services exportés. Le développement international de nos entreprises réunionnaises est en pleine mutation.Nos représentations évoluent, la définition de l’export invite à une réflexion collective partagée.Comment tirer profit de notre avantage comparatif dans les chaines de valeur régionales ?

Claude BAISSAC, PDG de la société EUNOMIX, spécialiste reconnu de la stratégie, de la gestion des risques et de la politique économique en Afrique, apportera son expertise afin d’identifier ensemble un écosystème export favorable à la mise en oeuvre d’une offre régionale combinée.

Pour Claude Bessac, La Réunion est à la croisée des chemins. Elle reste une économie de rente mais pour combien de temps encore?

Les entreprises réunionnaises ne doivent pas attendre de leurs élus une stratégie à l’export : elles doivent elles-mêmes s’organiser, définir leur offre et leur projet avant d’entraîner les élus.

Le succès des journées de l’ancrage territorial à la Réunion

Le CESER de la Réunion et la Région Réunion ont conjointement organisé un colloque de deux jours sur l’ancrage territorial des politiques publiques à la Réunion dont le point d’orgue a été la signature du memorandum avec la Région Réunion, le CESER (Conseil Economique et Social et Environnemental de la Réunion), les chambres consulaires, les 5 EPCI (regroupement de communes) de la Réunion, l’AFD (Agence Française de Développement) et la CDC (Caisse des Dépôts et Consignations).

Il est ressorti des débats que la confiance doit être le maître mot des prochaines années qui s’annoncent très difficiles du fait principalement des baisses de dotations et aides financières européennes et que nous devons travailler dans des E.I.T.  (Espaces d’Initiatives Territoriaux) dans lesquels les différents acteurs de la Réunion doivent discuter entre eux et construire ensemble.  Comment l’a dit Jean Raymond Mondon, le Président du CESER,  en conclusion, les « chamailleries entre nous ne sont plus permises ».

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Journée des Initiatives Territoriales pour l’Emploi (JITE) à Saint-Denis

préfet.jpegJournée des Initiatives Territoriales pour l’Emploi (JITE) 2017

Les enjeux liés au développement de l’ile de La Réunion dans les années à venir et la capacité du territoire à répondre aux défis des transformations de la société conduisent à appréhender plus collectivement les questions d’emploi et de compétences et à construire des solutions transversales répondant simultanément aux enjeux de tous les acteurs concernés : les entreprises, les salariés et les populations.

Depuis plusieurs années maintenant, le partenariat entre les différents acteurs de l’emploi et de la formation existe sur le territoire de La Réunion sans forcément que celui-ci soit mis en valeur localement et nationalement et sans que celui-ci produise les effets escomptés notamment en matière de sécurisation des parcours et d’amélioration de la performance et de la compétitivité des entreprises.

Par ailleurs, les évolutions des métiers et des qualifications questionnent l’organisation au sein des entreprises mais également au sein même de la l’Etat : comment mieux accompagner l’entreprise en matière de recrutement, de maintien en emploi, de développement des compétences,  notamment lorsque celle-ci connait de nombreux changements ?

C’est tout l’enjeu de la démarche engagée par la Direction des Entreprises de la Concurrence de la Consommation du Travail et de l’Emploi (DIECCTE) de La Réunion à travers  la Journée des Initiatives Territoriales pour l’Emploi (JITE) 2017 qui a eu lieu ce jeudi 23 novembre au parc des expositions de Saint-Denis.

Cette journée a été inaugurée par le préfet de la Réunion, Amaury de Saint-Quentin qui a rappelé que « la chaîne ne fonctionnera que si tous les maillons jouent leur rôle » et qu’il devient urgent de « travailler ensemble ».

21 initiatives territoriales ont été sélectionnées et présentées tout au long de la journée.

Les prud’hommes doivent être réformés

prudhommes.jpgLes prud’hommes doivent être réformés

Journée ordinaire au tribunal des Prud’hommes de Saint-Denis :  Les entreprises et les salariés sont convoqués dans une grande salle, tous en même temps. On se regarde, on se jauge. La tension est palpable. La dizaine d’ avocats en habit échangent bruyamment entre eux. On attend. Le Président arrive enfin accompagné de la greffière et des juges (patronaux et des salariés). Un des avocats fait discrètement une remarque au Président qui s’empresse de demander une interruption de séance et disparaît. Interruption qui dure une heure sans qu’on en connaisse la raison, un vice de procédure semble t’il. Le Président toujours accompagné de ses juges revient ensuite dans la salle et appelle chaque dossier. La plupart des avocats demandent un report de plaidoirie qui leur est systématiquement accordé. Pratiquement tous les dossiers sont reportés de 2 ou 3 mois. Une matinée pour rien… pas pour tout le monde car les notes d’honoraires pleuvent…

Les prud’hommes datent d’une autre époque. Le mot est apparu au XI ème siècle. Le terme prud’homme s’appliquait alors aux « défenseurs du métier » qui intervenaient si un conflit surgissait entre artisans, il était tranché par leurs pairs : les prud’hommes. Aujourd’hui, cette institution qui règle les litiges liés à l’exécution et à la rupture du contrat de travail, est composée de «juges» non professionnels, élus par les salariés ou les employeurs. Leur efficacité est sujette à caution. Alain Lacabarats, Président de la chambre sociale de la Cour de cassation reconnaît en 2014 : «Le constat est unanime : la juridiction du travail, dans son mode d’organisation actuel, ne fonctionne pas dans des conditions conformes aux exigences des standards européens et connaît de graves carences.».

Quelles sont donc ces carences :

  1. Première défaillance : les délais. Aux prud’hommes, les procédures s’étalent en moyenne sur 15,6 mois, contre 11,7 au tribunal de grande instance (TGI). Le délai atteint même deux ans et trois mois lorsque aucune majorité ne s’est dégagée entre les conseillers prud’homaux salariés et employeurs.
  2. A peine 5,5 % des affaires donnent lieu à une conciliation. Cette procédure, pourtant, devait permettre de solder rapidement un différend.
  3. Par ailleurs, 64,5 % des décisions prud’homales font l’objet d’un appel, taux très supérieur à celui des autres juridictions (18 % au TGI).
  4. Pire, dans plus de 70 % des cas, la décision initiale est invalidée par la cour d’appel où siègent des juges professionnels. Tout cela «amène à s’interroger sur la pertinence même de la première instance», en conclut le rapport.
  5. La formation est aujourd’hui assurée – dans une grande opacité – par les organisations syndicales et patronales. Le rapport insiste encore sur l’indispensable «impartialité» du conseiller des prud’hommes. Une façon de signifier que tel n’est pas toujours le cas…

Et puis, il y a le montant des indemnités qui est une vraie loterie : discussion dans la salle des pas perdus entre un employeur qui a licencié un commercial d’un peu plus d’un an d’ancienneté pour insuffisance professionnelle (il ne vendait pas) et l’avocat de l’employé qui réclame plus de 50 000 euros :  « Je vous propose une remise de 50% » … »C’est à prendre ou à laisser »… « Je vous propose 25 000 euros tout compris »… »c’est une bonne affaire »…

Ca ne donne pas vraiment envie d’embaucher…

 

 

« L’entrepreneur est au cœur de la société »

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C’est ainsi que s’est exprimé le Préfet de la Réunion en présentant aux 257 entrepreneurs présents à la CCIR, les dispositifs d’appui à l’économie locale portés par l’action publique.

« Aujourd’hui, nous avons des frémissements » : l’emploi salarié a augmenté de 3,7%  en 2015 et 4700 emplois ont été créés  soit un total de 13500 emplois net sur 5 ans

Le PIB est en croissance de 3%, score jamais atteint depuis 2009 et l’investissement a augmenté de 5% l’année dernière.

Pourtant le taux de chômage est de 26% à la Réunion et celui des jeunes de 54%. Selon Ibrahim Patel,  « La Réunion supporte ce fort taux de chômage grâce à la solidarité familiale qui permet de supporter la détresse » mais cela ne pourra pas durer…

Pour le Préfet de la Réunion, les mesures phares proposées sont le passage à 9% du CICE à la Réunion (98 millions d’euros ont été reversés à 11.500 entreprises en 2015) et une prime à l’embauche de 4000 euros. Il y aurait eu déjà 850 embauches depuis le début de l’année grâce à cette dernière mesure.

Le Préfet est resté peu disert sur la proposition des Présidents des deux Chambres de créer une zone franche globale, faisant écho au rapport Lurel sur l’égalité réelle :  « C’est le parlement qui décidera » a-t’il répondu.

 

Le chômage n’est pas une fatalité mais il devient urgent et vital de nous réformer

2-el-khomri-960-320.jpgLe chômage n’est pas une fatalité mais il devient urgent et vital de nous réformer

S’il est un domaine où un gouvernement peut agir, c’est bien celui de l’emploi : La France connaît un taux de chômage de 10,8%. C’est le taux le plus haut depuis la deuxième guerre mondiale,  et nous sommes un des rares pays au monde où il est en hausse :  Il est de 5,6% au Royaume Uni, 4,9% aux Etats-Unis et même de 4,5% en Allemagne, notre principal partenaire économique. Nous sommes le cancre de la classe qui n’a pas su faire évoluer son code du travail.

La France n’arrive pas à se réformer principalement pour 3 raisons : d’abord par déni de réalité : nous refusons de voir le monde tel qu’il est devenu et nous continuons, comme Martine Aubry, à penser qu’il devrait être comme nous voulons qu’il soit. Ensuite par manque de courage politique : nous n’avons pas  l’homme (ou la femme) politique capable de mettre l’intérêt du pays avant le sien. Enfin, nous n’avons pas la culture de la négociation, que ce soit au niveau patronal et syndical.

Une réforme de notre code du travail est pourtant vitale et urgente et le projet de loi El Khomri, bien que présenté maladroitement, est un premier pas pour réformer notre pays dans ce domaine.

31 économistes renommés ont signé une tribune dans le quotidien « Le Monde » pour justifier cette réforme : elle explique d’abord que notre chômage se concentre sur les jeunes et les moins qualifiés : « Un chômeur sur quatre a moins de 25 ans, un sur trois n’a aucun diplôme et 80% n’ont jamais dépassé le bac » . Ces publics sont les grands perdants d’un marché du travail qui exclut les plus fragiles ou les relègue dans des emplois précaires, tant les entreprises craignent d’embaucher en CDI. Ces inégalités sont insupportables.

Le code du travail ne donne aujourd’hui aucune définition précise des difficultés économiques justifiant un licenciement et n’encadre pas non plus le montant des indemnités.  Il est devenu une source d’insécurité pour l’entreprise comme pour le salarié, car il « laisse au juge un champ d’appréciation qui va bien au-delà de ses compétences juridiques ». Les prudhommes sont devenus aussi imprévisibles que le loto : « un salarié dont l’ancienneté est entre 2 et 5 ans peut se voir proposer entre un et dix mois de salaires si son licenciement est considéré  comme fondé ». Les petites entreprises (celles qui embauchent) sont incapables d’affronter de longues périodes de contentieux juridiques car ne pouvant pas s’offrir les services de cabinets d’avocats spécialisés.

Par crainte d’embaucher en CDI, les entreprises ont massivement recours au CDD. Les CDD représentent 90% des embauches. Les jeunes ne connaissent que ce type de contrat qui, outre la précarité, propose moins de formation professionnelle, des salaires plus faibles et pénalise les accès au crédit et au logement. De plus , un salarié en CDD ne sera jamais accueilli dans l’entreprise comme un CDI ; il restera en marge des autres salariés et son implication sera mécaniquement réduite.

Ces 2 points vitaux de la réforme EL Khomri ont déjà été traités en Italie et en Espagne, deux  des trois mauvais élèves de l’Europe avec nous. En Espagne, cette réforme a été faite en 2012 et l’année suivante,  il y a eu 300 000 embauches en CDI !!!

La loi EL Khomri, représente une avancée, certes insuffisante mais indispensable : En réduisant fortement l’incertitude attachée à la rupture de contrat de travail, elle incite les entreprises à revenir vers des embauches de CDI. C’est un moyen de lutter efficacement contre les inégalités et la précarité.